EPISODE 8 DETRUIRE AVANT D'ETRE DETRUIT

Depuis deux jours, Yann se traîne dans sa maison. Sa femme est allongée et se plaint de maux de tête permanents. Son cerveau tente de trouver une solution à cette folie contagieuse. Tout à coup, sa femme hurle, dans un dernier effort :

- Fiche ce maudit bouquin au feu ! Depuis que tu es revenu avec, nous ne vivons plus.

Yann est surpris devant cette énergie soudaine, mais ne réponds rien. Il réfléchit : il est vrai que depuis que ce livre est entré chez sa patiente, le mal est présent chez elle, et a ôté toute vie dans la maison. Il en a été de même chez lui. Il ne va pas laisser tout mourir autour de lui. Dans un élan irrationnel dont il ne se serait cru jamais capable, il prend le vieux livre fermement, bien décidé à ne plus le lâcher. Tout en le tenant sous son bras gauche, il prépare de l’autre main un feu de cheminée. Il prend petit à petit et chauffe légèrement la pièce. Une douleur soudaine surprend Yann sur le flanc du côté où se trouve le livre. Il en pleurerait presque. Mais rien à faire. Il ne veut pas lâcher le coupable, quand bien même il y laisserait la santé. Lorsque le feu est suffisant, il jette violemment les pages au milieu des flammes, et les regarde brûler à petit feu. Brûler un livre, cela lui fait mal, mais il faut tenter de sortir de cet état malsain, quitte à reconnaître le pouvoir maléfique d’un objet. Le feu perd de la vigueur dans son combat contre le livre, qui semble lutter pour survivre. Yann, pourtant épuisé, continue à alimenter le foyer pour qu’il ne meure pas, risquant de laisser victorieux le livre.

C’est alors que la fenêtre, pourtant bien fermée, s’ouvre brutalement, claquant de ses deux battants le mur de la maison, brisant une vitre qui vient cogner contre un porte-manteau mural. Puis le calme… Une calme effrayant. On s’attend à ce que le livre s’échappe. Yann devient fou ! C’est cela, il perd la raison. Il se tourne vers le livre cramoisi qui continue de disparaître, laissant naître un tas de cendres dans l’âtre. Quelques pages restent encore visibles, prêtes à mourir bientôt, dans les flammes ravivées, qui crépitent en un son qui n’est bientôt plus qu’un sanglot, secondé par la pluie battante. Un coup de vent pénètre sauvagement dans la pièce, faisant reculer Yann contre le mur, les yeux exorbités par la peur. Les dernières pages se soulèvent, tourbillonnent, pour enfin s’évader par la fenêtre ouverte. Yann les voient s’éloigner au loin, comme ivres de leur nouvelle liberté. Le vent et la pluie qui sifflent sont comme un rire moqueur. Yann referme la fenêtre et revient vers la cheminée, heureux vainqueur du livre maudit.

La vie va pouvoir reprendre ses droits. Ce qu’il ne sait pas, c’est que les pages envolées ont trouvé refuge non loin, par la porte entrouverte de la petite maison voisine. Lison ramasse distraitement ces feuilles venues de nulle part, et les pose négligemment sur son bureau. Elle les lira ce soir, et verra bien alors ce qu’elle devra en faire…