GUERNICA DE PICASSO

GUERNICA, LES MOTS

Les têtes fuyantes portées par une gorge démesurée

Tunnel sombre et encombré où les cris

Errent à la recherche d’une issue

S’étirent vers le couvercle sans étoile

D’un immense cercueil déjà refermé

Les visages défaits par la peur voleuse de sens

Aux yeux asymétriques d’avoir vu le chaos

A l’ouie insignifiante assourdie par les éclats de poussière

Aux bouches hurlant dans le silence de la veillée

Cachent les larmes qui coulent à l’intérieur

Les êtres blancs lumineux bravant tranchant

L’obscurité de leur innocence

A moins qu’ils ne soient pâles à force d’effroi

A moins qu’ils ne soient déjà des fantômes

Eclairent le monde sur l’horreur de l’erreur

Les formes aiguisées sans vie lames menaçantes

Pour les têtes aussi rondes que la Terre

Qu’un ventre plein

Révèlent de leur corps triangulaire

La force de l’arme qui fauche les destins

Et l’enfant sacrifié qui seul ne lutte plus

Tenu par la mère en cris aux seins inutiles

Gît comme une offrande à la nation blessée

Qui râle sa douleur

Et fige, debout, les promesses de la Résistance.