LA MALEDICTION DU GRIMOIRE CORDOBAN

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Anne, orpheline, vit paisiblement avec sa grand-mère en Bretagne. Son oncle, marin et grand voyageur, revient après une longue absence. Il lui rapporte en cadeau un grimoire de Cordoue qui va changer le cours de sa vie. 

LE GRIMOIRE

EPISODE 1 : PROLOGUE

Prologue

 

 

Si blanche est la page que l’on voit s’animer, dans un angle logées, les ombres du combat… Non, décidément, tous les chemins ne mènent pas à Rome, pas plus qu’ils ne mènent à la création. Enfin, je veux dire, pas sans errance, pas sans combat. L’autoroute intrinsèque n’existe pas. Les voies empruntées sont à peine praticables et soumettent les pas du voyageur à un déblayage permanent : pour que des broussailles épineuses, des cailloux glissants et des balises multiples susceptibles de fausser la destination, il ne reste plus que l’espace dépouillé au sein duquel l’imagination doit se frayer un chemin. Ce sont d’ailleurs bien souvent les ronces de sa propre vie qui obstruent le passage. Puis, quand les traces grossières de son sillage s’estompent, s’effacent, tout resplendit. Tout, c’est la somme écrite, l’accumulation des pages griffonnées qui s’accrochent aux lambeaux de vie, lancés à coups de jets d’encre aussi imparfaits que cette mémoire sélective et déformante, la faute au temps qui passe, la faute à la mauvaise foi, pour peu à peu se libérer et s’aventurer vers une autonomie relative qui peut prétendre à la création. Les formes alors se déforment… jusqu’à laisser entrer le faux, l’étrange, l’indicible, l’impossible, l’insaisissable dans le monde du vivant et de l’inerte. A l’ombre de cette métamorphose, de cette naissance insolite peut naître le véritable effroi…

Je m’appelle Anne, j’ai trente ans. Je cherche à parcourir le plus beau chemin qui va de mon front jusqu’à cette feuille, qui saisira de ma vie des tranches de choix pour les transcender en trame de plus en plus épurée, pour que toi, lecteur, tu puisses recueillir un récit où le personnel tendra peu à peu vers l’universel. Le vide est angoissant : quelle est donc cette bataille qui se joue là, aux quatre coins de ce format réduit, et quelles sont ces ombres qui noircissent une blancheur oppressante ? J’écris, pour ne pas mourir. Pour que la fiction soit lue, quand la réalité ne plus être crue, à moins d’accepter d’être à jamais l’esclave du délire aux yeux des autres, qui n’ont pas franchi ce seuil où les choses et les êtres semblent se confondre. J’écris, car les écarts interdits dans le monde réel, que l’on nommerait vite folie, peuvent immerger les pages sans souci d’être condamnés à l’internement, à peine coupables d’engendrer un frisson, mais le plus éprouvant, celui qui provoque sans raison un mouvement de recul, on ne sait jamais… Trouver les mots pour raconter l’inimaginable demande un tour de passe-passe qui consiste à transformer la page en aile messagère capable de survoler ce monde et l’autre sans rupture, sans plus savoir, au fond, démêler le vrai du faux, tant ils se rejoignent. Je tâcherai de trouver la formule de transition pour permettre cette traversée dans laquelle il faudra bien accepter de me suivre :

Si blanche est la page que l’on voit s’animer, dans un angle logées, les ombres du combat, que les doigts impatients livrent contre la plume, trop longtemps silencieuse et tenue loin des mots. Si le jeu sur le je garde bien le dessus, pour que seule la page ombragée d’écriture et tâchée de ratures illumine les yeux, les lettres déploieront leurs ailes messagères.