LE CHEMIN

 

Non, tous les chemins ne mènent pas à Rome, pas plus qu’ils ne mènent à la création. Enfin, je veux dire, pas sans errance, pas sans combat. L’autoroute intrinsèque n’existe pas. Les voies empruntées sont à peine praticables et soumettent les pas du voyageur à un déblayage permanent : pour que des broussailles épineuses, des cailloux glissants et des balises multiples, il ne reste plus que l’espace dépouillé au sein duquel l’imagination doit se frayer un chemin. Ce sont d’ailleurs bien souvent les ronces de sa propre vie qui obstruent le passage. Puis, quand les traces grossières de son sillage s’estompent, s’effacent, tout resplendit. Le jeu prend le pas sur le je…

 

 Le chemin, Sylesna, 2005

 

 

Allongée sur le flanc un peu rude du Monte Cinto 

J’entends les clameurs jouées en rafales 

Par les branches de l’immense pin 

Qui me protègent de la fournaise céleste. 

 

Les voix dénuées de sens mais harmonieuses 

Semblent appeler à quelque révolte anonyme 

Et prendre le dessus sur le ruisseau 

Pourtant si proche et l’oiseau peu bavard. 

 

J’ouvre les yeux pour mieux entendre 

Les souffles sans mots ni syntaxe 

Pour ne voir que ces bois s’agiter et hurler 

Sous la direction invisible du grand musicien. 

 

J’ouvre les yeux pour mieux comprendre 

A travers ces agitations symphoniques  

Et devine la puissante armée orchestrée 

Flanquée sur le géant de roc 

Qui éveille le tumulte de mon âme.

Sylesna, 2012